OMCFAA sur Facebook

LE RÉSEAU DES ÉCOLES JÉSUITES DE LA BÉKAA

UN PEU D'HISTOIRE

Au cours de la deuxième moitié du 19ème siècle, les jésuites au Liban avaient ouvert plusieurs écoles dans la région de la Békaa et des montagnes environnantes. Les Pères de Tanaïl étaient chargés de ces écoles qui se situaient dans toute la région jusqu'à Alep. De ces écoles les jésuites en dirigent aujourd'hui 4, d'autres sont désormais sous la responsabilité de religieuses ou des diocèses, d'autres ont tout simplement disparu.

Les écoles qui relèvent des jésuites aujourd'hui sont :
- une école primaire « semi-gratuite » à Jdita;
- une école secondaire à Taalabaya. « Semi-gratuite » signifie que les parents paient la moitié de la scolarité et l'État paie l'autre moitié, ou au moins est censé la payer;
- une école complémentaire et secondaire allant jusqu'au BAC technique à Tanaïl
et, depuis un certain nombre d'années,
- une école technique supérieure. Celle-ci suivait un programme sur trois ans, mais cette année il se déroule sur deux années.

Certains étudiants peuvent ensuite continuer les études à l'Université Libanaise. Le nombre d'orientations offrant la possibilité de continuer à l'université a aussi augmenté cette année, au moins sur le papier. Depuis trois ans, l'école secondaire de Tanaïl offre aussi un programme de BAC académique. Toutes ces écoles ont leur origine dans les écoles ouvertes au 19ème siècle. La plus ancienne  est sans doute celle de Taalabaya, qui a été fondée en 1890, comme école primaire et qui poursuit encore aujourd'hui sa mission dans ce sens. Jusqu'aux années '60 il n'y avait que trois classes surpeuplées dans un bâtiment situé à côté de l'église saint-Élie. Un nouveau terrain a été acheté et les Pères ont bâti une nouvelle école plus grande. Il y a douze ans le nombre des élèves avait atteint mille cinq cent, avec une cinquantaine d'élèves dans chaque classe. Cela n'était juste ni pour les élèves ni pour les enseignants. A ce moment, c'était l'unique école de Taalabaya. Aujourd'hui il y en a sept, toutes situées l'une près de l'autre (la distance varie entre cinquante et trois cents mètres). Ces écoles ont toujours été dirigées par un jésuite , mais pendant presque 50 ans elles ont été dirigées par les Soeurs de la Congrégation des Saints-Coeurs. La Compagnie de Jésus a alors constaté une diminution sérieuse du nombre des élèves; elle avait même envisagé la possibilité de s'en retirer. C'est dans cette perspective qu'un comité de jésuites a été constitué, pour les écoles de la Békaa, il comprenait alors le recteur du Collège Notre-Dame de Jamhour (actuellement recteur de l'Université Saint-Joseph), le P. Salim Daccache, en faisait partie. Ce comité identifia les causes de ce déclin et décida de créer un réseau d'écoles jésuites au Liban qui comprendrait le Collège Notre-Dame de Jamhour (Beyrouth) et les écoles de la Békaa. En 2012, les documents établissant le Réseau Notre Dame de Jamhour pour les écoles jésuites. a signé par le P. Provincial

Quel est le but de ce réseau ?

Un des but principaux est de rendre plus solide et raisonnable le fonctionnement des écoles qui en font partie, surtout celles dont la situation est très fragile, comparativement à celle du Collège Notre-Dame de Jamhour. En même temps il permet au Collège, qui se trouve à la périphérie de Beyrouth, de s'ouvrir davantage à une dimension nationale, c'est-à-dire d'offrir un nouveau type de service aux écoles pour des étudiants plus démuunis venant de zones moins développée. En effet, c'est un but essentiel pour l'existence de nos institutions : former des personnes capables de faire le bien dans le monde, « des hommes et des femmes pour les autres » (P. Arrupe) et des agents de changement. Ce réseau permet à ceux qui fréquentent le collège de Beyrouth d'être formés non seulement entre ses murs, mais aussi de s'ouvrir à d'autres écoles. Celles-ci peuvent profiter de son expérience notamment au niveau pédagogique, et aussi  l'ouvrir davantage à la dimension musulmane du pays bien plus présente dans les écoles de la Békaa qu'à Jamhour ?

Jamhour a environ 2% d'étudiants musulmans, les autres sont chrétiens de différentes Églises. En s'ouvrant à la collaboration avec nos écoles de la Békaa, le Collège Notre-Dame de Jamhour s'ouvre aussi aux étudiants musulmans. Si L'école de Taalabaya reçoit 85% d'élèves musulmans et seulement 15% de chrétiens. À Jdita, le pourcentage est de 65% de musulmans. A Tanaïl, à l'école complémentaire et secondaire, le pourcentage est plus ou moins de 50% - 50%; à l'École Technique Supérieure de façon étrange : il y a 2% d'étudiants musulmans. Quand le Collège Notre-Dame de Jamhour s'ouvre au travail en réseau avec nos écoles, il s'ouvre aussi à la présence musulmane et participe à sa mission auprès de nos étudiants musulmans et de leurs familles. Il s'ouvre à cette mission à laquelle il peut se donner, mission dont le Liban a grand besoin.

Le Liban dont le passé est complexe, dramatique, voire même tragique, surtout dans cette région où les tensions n'ont jamais manqué et où les sensibilités restent exacerbées, une ambiance de conflit confessionnel (chiites - sunnites), pour lequel nous avons payé le prix, persiste. Nous avons perdu un nombre important de nos élèves dont les parents venaient de Hazerta;  60 élèves en un mois, à cause de ces événements tragiques. Les événements qui ont eu lieu dans la région au début de la guerre civile (1975- 1990), les massacres, ont laissé des sentiments de méfiance et de préjugés,  encore présent aujourd'hui. La population n'oublie pas. Le fait que nous ayons beaucoup de musulmans dans nos écoles peut être regardé de plusieurs façons, ce qui est difficile et complexe à analyser. Je crois qu'il y a aussi des manières de voir positivement ce qui est vécu par ces différentes confessions religieuses qui se côtoient au Liban et dans nos écoles. Les parents musulmans qui nous confient l'éducation de leurs fils et filles ont confiance en nous. Ils voient que nous pouvons offrir à leurs enfants la formation dont ils ont besoin, et cela est un point positif sur lequel il faut toujours insister. En même temps, il y a sans doute pas mal de problèmes qui sont, cependant, difficiles à déterminer avec précision. Le passé n'est pas oublié et nous voyons, par exemple, que des familles chrétiennes ont peur d'envoyer leurs enfants dans des écoles où la majorité est constituée d'enfants musulmans. C'est peut-être difficile à accepter, mais en même temps quand nous entendons ce que ces familles ont vécu pendant la guerre civile et même après, nous pouvons, d'une certaine façon, comprendre leur peur. Ce n'est qu'un exemple de la complexité de la réalité multiconfessionnelle de nos écoles.

Question : Y a-t-il une difficulté aussi à engager des enseignants musulmans ?
Marek : Oui. Il y a plus ou moins 4 ans, nous cherchions des personnes ayant une licence en littérature arabe pour enseigner dans nos écoles. Très vite nous avons réalisé qu'il y avait un grand nombre de personnes ayant cette qualification et cherchant du travail. Mais la plupart n'était pas chrétien. Et quand nous avons proposé d'employer quelques-uns dans nos écoles, la réaction immédiate et assez générale a été si forte, de la part de notre personnel et des parents des élèves, que c'était pratiquement impossible de le faire. C'est peut-être possible de l'autre côté de la montagne (et encore !), mais pas chez nous dans la Békaa. Je crois que nous devons regarder ce refus à la lumière de l'histoire vécue par les différentes communautés . Quant aux défis, le principal vient probablement du fait que nos écoles sont «semi-gratuites», et donc dépendent en partie des subventions de l'État. À cause de l'instabilité et de la vulnérabilité de nos gouvernements, l'État ne s'engage pas comme il devrait pour aider les écoles. Les subventions ne sont pas payées. Nos écoles de Jdita et de Taalabaya attendent encore de toucher les subventions qui auraient dû être versées il y a quatre ans. En même temps, le gouvernement fixe les scolarités et les salaires des enseignants, ce qui veut dire que nous nous trouvons pris dans un cercle vicieux. L'État fixe les salaires des enseignants, et nous ne pouvons pas augmenter les scolarités, tandis qu'au cours des quatre dernières années les salaires des enseignants ont été augmentés avec effet rétroactif. Le coût de la vie ayant augmenté de façon dramatique les prix augmentent de la même manière, les scolarités ne suivent pas et le gouvernement ne paie pas les subventions comme il devrait. C'est une situation impossible qui a provoqué la fermeture de nombreuses d'écoles. Il y a  sept ans, on pouvait compter au Liban environ sept cents écoles semi-gratuites. Aujourd'hui il en reste trois cent cinquante, la raison est principalement financière. L'autre problème sérieux rencontré, est le fait qu'un bon pourcentage de nos élèves viennent d'un milieu modeste, à côté de la pauvreté matérielle, financière, j'ai rencontré une pauvreté humaine. Nombre de parents ne viennent jamais, au cours de l'année, chercher les bulletins de leurs enfants ou discuter du progrès de leurs enfants, ce qui est très triste. L'élève à l'école ne peut pas réussir ou profiter du programme offert si la famille ne collabore pas. Et nous avons un pourcentage assez élevé de ce genre de familles, trop élevé ! Je le réalise tout le temps, et, en même temps, je pense que ce phénomène existe aussi dans d'autres écoles et dans d'autres pays, et pour des raisons différentes. Mais quand je vois le manque d'intérêt et de suivi de la part des parents de nos élèves, je trouve que c'est terrible.

(propos recueillis par Oliver Borg Olivier sj)

INFO PRO N° 42
20 février 2013

Partagez cette actualité :

 

Cérémonies de clôture des 60 ans du Collège Libermann - CAMEROUN Echos et cris depuis le camp de Moria en Grèce avec le JRS Ellada