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Mongo - D'une cathédrale à l'autre...

Comme il se doit, la cérémonie, quatre heures d'horloge, n'a pas manqué de moments d'émotion : rappel de la longue formation du Père Erbi, loin de sa famille, en combien de pays différents ! L'évêque lui-même, Mgr Henri COUDRAY, officiait pour la première fois une ordination. Un représentant de la famille, M. Thomas ALKALI, expliquait que la vocation religieuse d'Erbi, le dernier des frères, n'avait pas été accepté sans peine par la famille, mais que finalement cette famille était heureuse de donner un fils à l'Église. Enfin, la chorale, renforcée par tous les choristes des paroisses voisines, donnait le meilleur d'une action de grâces pour entraîner la foule en une belle danse. La joie faisait bondir les coeurs et les corps et, là, je ne suis pas resté assis sur ma chaise ! (Bon, pour quelques sauts, à 75 ans le souffle n'est plus ce qu'il était...) Deux jours plus tard, à MONGO, nous étions rassemblés pour la consécration de la cathédrale, un bel octogone bâti en pierres de granit taillé dans les montagnes de Dadouar. Une foule énorme s'entassait dans l'édifice, et autant s'installait à l'ombre sous des hangars à l'extérieur. Sur le parvis, autour de l'évêque, l'architecte, M. Hermann HAGSPIEL, l'ingénieur, M. BENNO, le charpentier M. JOACHIM (tous les trois Allemands) présentaient leur maquette et leurs calculs, le Frère Bernard SÉNI, jésuite Tchadien, le constructeur, assisté de Frédéric, volontaire français, apportaient les clés, tandis que le peintre, M. IDRISS BAKAY, remettait ses cartons. Puis, instant décisif, empoignant vigoureusement la crosse, Mgr Henri Coudray frappait les trois coups sur les portes en entonnant l'hymne appropriée «Élevez-vous portes éternelles, qu'il entre le roi de gloire». Les battants pivotèrent solennellement, un flot de lumière envahit l'édifice et la procession s'avança. Quatre autres évêques étaient présents : Jean Claude BOUCHARD, Canadien, évêque de Pala, président de la Conférence épiscopale, Edmond JITAANGAR, Tchadien, évêque de Sarh, Pio ROSARIO, Italien, évêque de Goré et enfin Miguel SEBASTIAN, Espagnol, évêque de Laï. Nationalités diverses à l'image de l'Église au Tchad : des Tchadiens et des missionnaires du monde entier.

Consacrer une cathédrale n'est pas une mince affaire : bénédiction des murs et de l'assistance (l'Église n'est pas faite que de pierres), bénédiction du campanile dont la cloche résonnera pour la première fois. Enfin la consécration proprement dite : le Saint Chrême coule à flots sur l'autel et, ascension acrobatique, juché sur une échelle, il faut aller oindre douze pierres de la muraille. Tout fut fait comme il se doit tandis que la courageuse chorale enchaînait hymnes et cantiques répercutés par le solide granit. On ne savait trop où tourner les regards : coupole d'acier loin au-dessus des têtes, sévères murailles de granit mais enchantées par les illustrations de l'Histoire sainte, oeuvre d'Idriss Bakaï, cohorte de gracieuses quêteuses, foule enthousiaste pleine de sourires et, toujours l'infatigable chorale et ses solistes. Là aussi la joie s'exprima en danses, quand on est heureux on ne fait pas semblant ! Samedi 7 décembre, village de Korlongo, 25 km à l'Ouest de Mongo, c'est la paroisse Notre Dame de Dadouar. Motif de la fête : le précédent ayant démissionné, un nouveau chef de village est institué. Beaucoup d'intrigues pour en arriver là, toutes les instances n'ont pas été honorées, aussi l'orchestre est maigre mais les tambours formidables, donc on danse. Ils sont des centaines, voire un bon millier, par quartiers entiers, les hommes et les jeunes gens à l'extérieur du cercle, les femmes et les jeunes filles à l'intérieur. On se déplace inlassablement, toujours dans le sens direct, immuable en Afrique. Les hommes et surtout les grands adolescents se veulent redoutables : toutes sortes de coutelas, épées, sabres, dagues, baïonnettes, lances et sagaies sont brandis, à faire frémir les plus cruels forbans des Caraïbes : il s'agit de se montrer terrible. Des hennissements se font entendre, les chevaux sont là aussi, mais il s'agit d'un hurlement modulé propre aux garçons : fort comme un étalon ! Les filles ne sont pas en reste dans le registre des toilettes et des atours, des pas de danse et des sauts. Finalement qu'importe que le chef de village soit tel ou tel, maintenant la récolte est faite, les greniers sont remplis, pas trop mais suffisamment, alors il faut se montrer dans ce « paseo » gigantesque où les oeillades ne manquent pas. Malgré les deuils récents il faut célébrer la vie, toute la vie bouillonnant dans le coeur des jeunes gens et jeunes filles : c'est la liesse que rien n'arrête. Voilà, nous ne manquons pas de problèmes et de soucis. Toutefois un peu de joie ne fait de mal à personne, bien au contraire, c'est ce que je vous souhaite à tous en ce temps de préparation de Noël.

Serge Semur sj

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