Témoignages

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Déclaration de Mgr NGARTERI

Le 28/11/2008

Á l'occasion de la journée de la cohabitation pacifique, et du cinquantenaire de la République du ET DU CINQUANTENAIRE DE LA RÉPUBLIQUE DU TCHAD

 
Novembre 2008 - Novembre 2009 année de la Réconciliation : guérir et vivre
 
Le 28 Novembre 2008, la République du Tchad, notre propriété commune aura 50 ans. C'est pourquoi il nous paraît important en ce jour historique où nous célébrons le jubilé d'or de notre République, de consacrer un temps de réflexion. Réflexion sur nos cinq décennies de parcours jonchés de souffrances certes, mais aussi période de joie. Le 28 novembre 1958 des groupes d'ethnies qui étaient pratiquement des nations, des régions différentes, fortement marquées par des religions propres à leur milieu, vivant dans un espace donné se sont vus attribuer une identité : la République du Tchad et les individus, le statut de citoyen tchadien. Dès lors leur destin est lié et leurs histoires particulières se fondent pour devenir l'histoire d'un peuple, le peuple tchadien.
Mais nous savons que très tôt, des divergences idéologiques, religieuses, culturelles, stratégiques et autres vont créer une force d'inertie, annihiler tous les efforts d'intégration ou de volonté de création d'une identité nationale. Ainsi dès le berceau, les Tchadiens s'installeront dans la dissemblance et la violence deviendra leur mode de cohabitation et de vie.
Cinquante ans après la proclamation de la République, l'unité de notre pays reste fragile. Nous constatons en effet qu'aujourd'hui aussi bien dans le secteur public que privé, l'amour du travail bien fait est peu présent dans les cœurs. Il est évident que dans ces conditions le progrès de notre pays ne peut se réaliser.
Mais l'espoir est permis. Car au cœur du sombre tableau qu'on pourrait dresser de nos 50 ans de vie républicaine, les zones de lumière émergent cependant. Des efforts de rapprochements, des actions pour surmonter les clivages existent heureusement. Ils sont le fait des associations ou des hommes de bonne volonté soucieux du devenir du pays. Cela traduit le désir profond des Tchadiens surtout des jeunes, de vivre ensemble, de se réconcilier, de tisser des liens. Le peuple à la base veut vivre en paix.
Après avoir subi tant de souffrances, tant de pertes en vie humaines et en bien matériels, que faire maintenant ? Allons-nous continuer à penser et à agir comme hier ?
Les Tchadiens n'ont que le Tchad comme patrimoine commun et ils y tiennent tous. C'est pourquoi 50 ans après, nous voulons tous entrer dans une ère nouvelle. Car la dynamique actuelle est destructrice de l'unité et donc du Tchad. Nous devons entrer dans une démarche de réconciliation, faire mémoire de notre passé, assumer notre histoire faite de miel et d'amertume. Il nous faut revisiter notre mémoire blessée et chargée de rancœurs, de rancunes, troublée par la haine et le mépris, pour nous redécouvrir, nous réconcilier, et bâtir notre devenir.
Nous sommes contraints de nous réconcilier pour regarder l'avenir avec sérénité et bâtir un autre Tchad. Un Tchad plus fraternel et plus prospère. Oui, c'est possible ! Il est maintenant temps de nous reconnaître enfants d'un même pays et de nous demander mutuellement pardon. Il nous faut nous réconcilier avec nous-mêmes, dans nos familles, nos clans, nos ethnies, nos régions, nos religions en intégrant les valeurs de notre République. Un regard lucide et courageux sur notre passé constitue le socle, le terreau sur lequel nous éduquerons des Tchadiens nouveaux.
La démarche de réconciliation exigera de nous tous beaucoup d'efforts et de sacrifices. Car elle passe par un accord, un consensus ou encore la résolution d'un différend. Les différends sont nombreux. Ils sont d'hier et d'aujourd'hui. Il s'agit pour nous d'agir afin d'éliminer les inimitiés, de mettre fin à la violence destructrice.
Personne ne doit se tenir ou être tenu à l'écart. Car, c'est la collectivité et surtout les jeunes qui sont des victimes de ce conflit qui perdure. Maîtres ou esclaves, nous avons tous été dominés ou colonisés à un moment ou un autre de notre histoire. Aujourd'hui, hommes libres, habitant le même territoire, tournons nous résolument tous vers notre avenir. Osons dire oui à la fraternité et à l'unité.
Aujourd'hui, l'harmonie a été brisée, des relations ont été rompues. Nous sommes ou nous avons été tour à tour, bourreaux et victimes ou témoins impuissants devant le rouleau compresseur de la violence et de la haine. Aujourd'hui, nous voulons partager la douleur et la paix entre tous, entendre la souffrance de tous et réfléchir ensemble sur ce passé commun afin de parvenir à une réconciliation véritable. 
Dans ce processus de renaissance, les tabous, les frustrations, les rancunes, et les colères devront disparaître pour faire place à la ferme volonté de vivre ensemble, de rétablir la confiance mutuelle et d'accueillir le pardon.
En pratique, comment se fera cette réconciliation ? Chacun, individu ou groupe ethnique, dans le village, dans les quartiers des villes, dans la région, au niveau des familles, doit bouger. Il ira à la rencontre de l'autre, pour oser parler, oser poser enfin un acte de paix, de réconciliation. Les chefs religieux et traditionnels, les associations, les groupements s'organiseront pour mettre en route le processus de réconciliation. Nous avons pour cela un an, de novembre 2008 à novembre 2009. Une année pour oser bâtir des relations nouvelles, une année pour faire un geste de paix, une année pour se guérir et guérir au moins un frère. Une année pour vivre les valeurs de paix.
Que le Dieu Tout Puissant et Miséricordieux nous accompagne dans notre engagement en faveur de la paix, qu'il illumine ceux qui hésitent et qu'il ouvre le cœur de ceux qui n'y croient pas encore.
 
Fait à N'Djamena, le 28 novembre 2008
 
† Mgr Mathias NGARTERI
   Archevêque de N'Djamena
 
 
 

 

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