Souvenirs

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DECES DU RECTEUR DU COLLEGE LIBERMANN

Le 28/12/2009

Le Seigneur vient de rappeler à lui soudainement le P. Damien Kono, recteur du collège Libermann.
Le Père est décédé le vendredi 26 décembre 2009 près de Yaoundé (Cameroun) à la suite d'un accident de voiture provoqué par un arrêt cardiaque.
Nous serons tout proches de lui et de sa famille par notre prière.

Ci-dessous vous trouverez l'intégralité des témoignages reçus lors de ses obsèques.

 

LE PÈRE DAMIEN KONO NOUS A QUITTÉS


Brève biographie

1-Itinéraire du Père Damien
Le P. Damien vient de nous quitter d'une brutale crise cardiaque au matin du 26 décembre 2009, au volant de sa voiture. A 54 ans, Recteur du Collège Libermann, consulteur de province, désormais Directeur de la Mission Éducative Jésuite Douala, nouveau socius de l'instructeur du 3ème an, il occupait dans notre province la place d'un homme de qui on attend beaucoup !
Le Seigneur l'a rappelé à lui.
Une vocation qui se cherche
Né le 3 juillet 1955 dans le village d'Akok (Mfou), à proximité de Yaoundé.
Il fait ses études primaires à l'école catholique de Nkol Meyang, la paroisse voisine de
Nkoabang, où était installé le noviciat jésuite de la PAO. D'où sans doute ses premiers contacts avec la Compagnie.
Etant donné sa courte formation scolaire, il entre dans la Compagnie comme candidat frère. Mais le P. Jean-Noël Crespel, son Père Maître, devra constater que Damien se sent le désir de devenir prêtre. Il faut donc repartir de zéro.
Les études de Damien vont être prises en charge par le Collège Charles Lwanga, de Sarh, entre 1977 et 1981, de la 5ème à la 1ère. Il passe son BEPC.
C'est au séminaire St Jean de Brazzaville (1981-82) qu'il fera sa Terminale, conclue par le BAC.
Il rentre donc pour la seconde fois dans notre noviciat, comme candidat scolastique cette fois, en 1982. Il prononcera ses 1ers vœux à Kimwenza le 27 mai 1984.
Nous nous sommes attardés longuement sur l'itinéraire atypique de Damien : quelque chose se révèle de la force de son désir de vie religieuse mais aussi de cette ténacité qui sera jusqu'au bout une de ses caractéristiques.
Une formation classique
Les études du scolastique Damien, au contraire, sont classiques et sans histoire.
1983-85 : 3 années de philosophie à Kinshasa.
1986-88 : trois ans de régence au Collège Charles Lwanga, où il retourne maintenant comme professeur.
1989-90 : 1er cycle de théologie à Hekima College (Nairobi).
1991-93 : licence de théologie à Toronto (CDA).
Il est ordonné prêtre à Yaoundé le 11 juillet 1992.
Quinze années au service de l'Eglise
Comme premier ministère, il se voit confier l'Aumônerie Catholique Universitaire, le CCU de Yaoundé. Il y restera six ans (de 1994 à 99), d'abord comme aumônier, puis comme Curé de la paroisse universitaire. C'est dans cette chapelle qu'il prononcera ses derniers vœux, le 6 décembre 1998.
En 2000-2001, il se déplace vers la résidence d'Ekounu dont il est nommé Vice-Supérieur, tout en gardant sa charge de curé de la paroisse universitaire.
A partir de 2002, il est désigné comme recteur du Collège Libermann de Douala. Il va animer une équipe jésuite entièrement africaine. Nommé pour six ans, il sera appelé à prolonger son service. En fait, il restera dans cette charge jusqu'à ce que le Seigneur le rappelle à Lui, le 26 décembre 2009.
C'est à ce poste de recteur que sa personnalité se révèle au mieux. Le Père Bernard Hounnougbo, qui a été son proche collaborateur, nous donne ici son témoignage.

2-Témoignage sur Damien KONO Recteur de Libermann

De mai 2004 à Juillet 2009, j'ai eu la joie de faire communauté et mission avec le père Damien Kono au Collège Libermann lui comme recteur et moi comme Père Spirituel. On s'est revus en décembre sans savoir que le 20 décembre où il partait pour Yaoundé ce serait notre dernière entrevue. C'est donc avec peine et respect que je rends ce devoir de mémoire pour notre illustre compagnon défunt. Trois aspects de lui m'ont marqué comme supérieur, administrateur et humaniste.
Une autorité attentive et paternelle
Une facette de Damien concerne sa fonction de gouvernement qu'il lui appartenait d'accomplir de par sa charge de supérieur de communauté. Un rôle de supérieur où Damien a fait preuve de fidélité à la mission qui lui était confiée (même dans la prolongation de son mandat). Fidèle, parce que constamment attentif aux besoins spirituels et matériels des jésuites confiés à sa charge. Fidèle parce qu'attentif au bien-être de tous ceux qui dépendaient de lui : les jésuites, leurs parents et toutes les personnes qui ont travaillé au collège. Sa façon de gouverner était ainsi paternelle. En tant que son consulteur pendant ces années, il m'a été donné de l'observer à l'oeuvre, et j'ai toujours admiré sa manière de prendre des décisions. Il savait écouter et écoutait beaucoup. Il savait prendre conseil de ses frères et il avait le souci de faire le bien mais n'hésitait pas à faire cavalier seul quand il le fallait. Il aimait la Compagnie comme une mère. Il prenait très au sérieux le défi que la Compagnie de Jésus porte un bon témoignage en Afrique lui qui était le supérieur de la seule communauté jésuite de la PAO composée de jeunes religieux venant de divers pays d'Afrique. En personne pleine de bon sens et de pragmatisme, Damien était fidèle et avisé, il savait donner à ses confrères leur nourriture en temps voulu, comme en témoigne son ministère comme recteur.
Un administrateur soucieux de l'éducation des jeunes
Damien a aussi été un jésuite si affable, accueillant, aimant à échanger sur tout, soucieux du « magis » du collège Libermann pour former des jeunes qui tiennent debout. Il n'a ménagé aucun effort pour manifester à plus d'un la volonté de service qui l'animait pour une éducation de qualité. En quelques années, il a pu redonner une santé financière aussi bien au Collège qu'à la communauté. Il était obsédé de l'obligation de résultats performants et du traitement juste de nos collaborateurs et collaboratrices laïques. En même temps, il n'a jamais cessé de déployer son sens des contacts et de tisser des liens d'amitié à l'échelle de toute la société. Ces dernières années nos visiteurs et anciens élèves de Libermann regardaient avec admiration la propreté, la rénovation et la construction des bâtiments du collège qui les accueillaient en arrivant à la maison ; Tout cela était le fruit mûr de longues années de travail patient de Damien.
Un humaniste, ouvert à tous les problèmes de l'heure
Damien n'était pas seulement un grand supérieur et un grand administrateur, il était aussi quelqu'un de profondément humain. C'était un religieux, habité par l'idéal du don de soi inconditionnel et du détachement ; un grand ami fidèle et loyal. Avec son génie de "fundraiser" il institua une caisse spéciale pour venir en aide aux personnes dans le besoin. C'est ainsi qu'il aida plus d'une famille à payer les études de ses enfants et à reprendre goût à la vie. En homme d'une grande humanité, il prenait à coeur les soucis financiers des autres (professeurs et autres). Je l'ai vu préoccupé, anxieux de résoudre le cas d'élèves indisciplinés dont les parents venaient le harceler lors des inscriptions ou même au début de l'année scolaire. J'étais à ses côtés pour le soutenir dans l'affront que certains parents et professeurs indélicats et ingrats lui faisaient en colportant la médisance et la calomnie. Il n'hésitait pas non plus à faire des pieds et des mains pour que d'anciens élèves de Libermann puissent poursuivre leurs études supérieures à l'étranger. Combien de temps n'a-t-il pas passé à écrire des lettres et à visiter les gens ou les fondations qui pouvaient soutenir le travail d'éducation de la Compagnie? Que n'a-t-il pas fait pour aider le Collège Libermann à poursuivre son action bienfaisante pour les enfants pauvres (intelligents et disciplinés à travers le service des affaires sociales) en leur cherchant un soutien financier?
Comme tout homme, Damien avait ses grandeurs et ses faiblesses. S'il nous a quittés brusquement, son souvenir restera gravé dans notre mémoire, comme un homme de Dieu qui s'est donné corps et âme au service de ses frères et sœurs en humanité. Bref, un homme pour et avec les autres. Je pense que la parabole de l'intendant fidèle et vigilant qui attend son maître à son retour de noces, s'applique très bien à Damien. Son ministère sacerdotal a été consacré au service des âmes comme Aumônier à Yaoundé puis comme recteur, en intendant fidèle et avisé dont parle l'Évangile. Que notre Maître et Seigneur lui donne en partage l'éternelle félicité !
Bernard Hounnougbo, SJ
Communauté Saint Ignace de Lomé (TOGO)
Directeur du Centre Espérance Loyola


Déroulement des obsèques du P. Damien Kono à Douala
La communauté éducative du Collège Libermann avait promis d'organiser des obsèques dignes au Père Recteur Damien KONO, S.J. C'est ainsi que le Jour-J, le programme se déroulait tel que prévu.. Tout d'abord, l'arrivée et l'accueil des restes du Père Recteur, puis la veillée de prière avec messe-le 5 janvier 2010, enfin les obsèques solennelles à la cathédrale, suivies de l'inhumation, le mercredi 6 janvier 2010.
Lors des rencontres de préparation des obsèques, les parents d'élèves, les professeurs et le personnel du Collège ont mis sur pied l'accueil du Père. En effet, le mardi 5 Janvier 2010, dès 14h, le service du protocole a aligné les élèves de l'entrée du Collège Libermann jusqu'au Carrefour du Collège Saint Esprit. Installés sur les deux trottoirs, les élèves auxquels s'étaient joints ceux du Collège de la Salle et celui du Saint Esprit, attendaient religieusement, défiant les rayons que dardait un soleil d'après midi. Dès 15h moins 10, une sirène policière annonçait l'arrivée du corbillard en provenance de Yaoundé. Le Père Provincial, Eugène Goussikindey accueillit le Père Ludovic Lado qui avait accompagné la dépouille de Damien vers Douala. Une prière fut dite, puis quelques professeurs, parents et personnel ont, la prière achevée, mis sur leurs épaules le lourd cercueil de notre recteur. La chorale du Collège Libermann entonnait des chants de dévotion tout en rythmant les pas des valeureux amis de Damien.. Les élèves ont par la suite relayé les adultes et ont conduit le Père Damien à la Salle de Conférences du Collège Libermann, lieu où une chapelle ardente a été formée. De cette dernière, et dans l'enceinte du Collège, remontaient des mélodies grégoriennes à la fois denses et méditatives. C'est dans ce climat que les jésuites présents, ont tout d'abord fait une supplique au Créateur pour confier leur compagnon en marche vers son Seigneur Jésus Christ. Puis vint la communauté éducative du Collège Libermann ainsi que les amis du Père Damien. Tous, en procession, sont venus se recueillir auprès de la dépouille mortuaire du Recteur. Quelques émotions et pleurs se firent entendre, preuve d'un attachement certain.
Le deuxième moment de la soirée du 5 décembre 2010, s'est déroulé à la Cathédrale Saint Pierre et Paul de Douala. L'Eucharistie, présidée par le Père Provincial, a débuté à 20h00 comme initialement prévu. Assistaient à celle-ci, Mgr Joseph Atanga, les jésuites et quelques prêtres amis du Père Damien. Le narratif des éloges de circonstance est revenu sur la rigueur et les qualités éducatives du Père sans oublier son humanisme. Au terme de cette eucharistie, une veillée de prière a prolongé la soirée. Se sont succédé à l'ambon, les groupes suivants : la communauté du Chemin Neuf qui prie tous les mardis au Collège ; par la suite, l'Amicale des Professeurs et l'Association des Parents d'élèves ont entonné des chants d'intercession pour le Père Damien. La chorale Beti de la Cathédrale a conclu la prière à minuit. Celle-ci a animé la veillée dans la cour intérieure jusqu'aux aurores. Les sons des minkul (tam-tam) accompagnaient les parents et amis venus de très loin. Pendant ce temps, quelques compagnons veillaient en prière non loin du corps de Damien.
Le lendemain matin, mercredi 06 janvier 2010, la célébration eucharistique d'adieu s'est déroulée à la Cathédrale. Lorsque, à 9h, la procession se mit en route, la foule des fidèles avait déjà entièrement rempli la cathédrale. Deux tentes avaient été dressées dans la cour, sur un côté de la nef, pour abriter les élèves du collège. La cérémonie a été présidée par Son Eminence le Cardinal Christian Tumi. Mgr Joseph Atanga, SJ, concélébrait. Outre les compagnons venus de nos communautés de Douala, de Yaoundé et de Bafoussam, une vingtaine de prêtres du diocèse ont été parmi les concélébrants. La chorale du collège Libermann a aidé les fidèles à se recueillir tout au long de la célébration.. L'homélie fut prononcée par le P. Eugène Goussikindey, Provincial (on en trouve le texte ci-dessous) A la fin de la cérémonie, les compagnons ont entonné l'anima Christi, puis ont récité le suscipe. Nous avons pu entendre ensuite un certain nombre de témoignages émouvants d'élèves, d'un régent, membre de la communauté de Libermann, et de professeurs du collège. Les prières liturgiques d'A Dieu pour le Père Damien ont été prononcées par Mg Joseph Atanga. Puis, l'inhumation a suivi au cimetière en face de la Cathédrale. Au terme de l'inhumation, les compagnons et amis de Damien se sont rendus au collège pour un partage fraternel.
Durant ces obsèques, nous avons découvert les voies de la solidarité vécue par la communauté jésuite de Douala et celle la communauté éducative du Collège Libermann, parents et amis de notre compagnon.

Homélie du P. Provincial à la messe d'enterrement du Père Damien KONO
(6 janvier 2010)

* 1 Thes 4, 13.14. 17-18
* Mt 5, 1-12
Chers frères et sœurs,
Que la paix soit avec vous.
Nous voici convoqués de manière extraordinaire par Damien dans une célébration eucharistique pour un dernier acte de communion. Nos cœurs sont meurtris, car après cette célébration, nous le conduirons à sa dernière demeure sur terre.
Mais, voici que St Paul, dans la lecture que nous venons d'écouter, nous intime de retrouver la sérénité devant la mort :
« Frères, dit-il aux Thessaloniciens (4,13), nous ne voulons pas vous laisser dans l'ignorance au sujet des morts, afin que vous ne soyez pas dans la tristesse comme les autres, qui n'ont pas d'espérance. Si en effet nous croyons que Jésus est mort et qu'il est ressuscité, de même aussi ceux qui sont morts. »
Toute célébration eucharistique, y compris celle-ci, est en mémoire de la mort et de la résurrection de Jésus Christ. Et c'est en rapport à Jésus Christ que le mystère de la vie de Damien s'éclaire. Depuis son décès, nous avons reçu de nombreux témoignages sur lui. Et hier, lors de la messe de veillée, il y en a eus, comme tout à l'heure à la fin, il y en aura encore. Une chose me paraît importante : si vous enlevez Jésus Christ de la vie de Damien, elle perd son sens profond.
J'ose le dire, non pas parce qu'il sied de dire de bonnes choses dans une célébration d'adieu, mais parce que nous avons vécu des moments significatifs de notre vie ensemble. D'abord au Noviciat de Nkoabang en 1982, – le Père Maurel ici présent était notre maître des novices. Nous avons fait ensemble la philosophie à Kinshasa puis nous nous sommes retrouvés à Nairobi pour la première partie de nos études de théologie et à Toronto au Canada pour le second cycle. Depuis une année et demie, nous nous rencontrons régulièrement à Douala où je l'ai rejoint.
Enlevez Jésus Christ de la vie du Père Damien et elle perd son sens, disais-je. Oui, Damien un passionné de Jésus Christ et cet attachement l'a conduit à plusieurs ruptures et renoncements qui seront autant de chemins de croix au bout desquels la lueur de la résurrection renforce son espérance.
Sur la fiche biographique, il est noté qu'il est entré au noviciat en 1982. A vrai dire, Damien est entré au Noviciat des Pères Jésuites à Nkoabang pour la première fois le 18 octobre 1976 comme indifférent, c'est-à-dire sans une orientation spécifique pour être Prêtre ou Frère. Car notre Compagnie de Jésus, il est bon de le savoir, comporte des Frères et des Prêtres, tous partageant la même vocation.
La première rupture faite en décidant de suivre Jésus Christ, c'est de laisser derrière le champ de cacao et une fille avec laquelle il cheminait déjà. C'est donc une personne d'une certaine expérience, qui gagnait déjà sa vie et pensait à une stabilité de vie conjugale que le Seigneur a appelée.
Les exigences pour la formation des jésuites étaient telles que Damien ne pouvait pas continuer sans reprendre l'itinéraire scolaire. Ayant opté pour devenir prêtre à la fin de la première année de Noviciat, Damien a été envoyé au collège jésuite de Sarh au Tchad , le collège Charles Lwanga. De 1977 à 1981, Damien fera les classes de cinquième à la première. C'est important pour nos élèves de Libermann de savoir que c'est à vingt deux ans que leur défunt recteur a commencé la cinquième. Pour servir Jésus Christ comme prêtre dans la Compagnie, c'est un homme mûr qui devra sacrifier l'honneur personnel pour s'asseoir sur les bancs avec de plus jeunes que lui. Avec courage et grande détermination Damien s'est mis au travail avec beaucoup d'ardeur et, à la fin de la première, il est envoyé à Brazzaville au Séminaire saint Jean pour la terminale : 1981-1982.
C'est avec son BAC en main qu'il revient au noviciat en 1982. L'éducateur que vous avez connu à Libermann est un éducateur qui a puisé dans son itinéraire personnel de discipline et d'ardeur au travail. Ainsi, à Toronto, il n'a pas fait que la licence canonique en Théologie. Il s'est inscrit avec la permission de ses supérieurs à une maîtrise en Philosophie à l'Université de Toronto.
Poursuivant de manière concomitante deux disciplines qui exigeaient beaucoup de lui. Nous avons célébré la fin heureuse de ces moments de formation intellectuelle et humaine tout à la fois.
Pour moi c'est tout à la fois à un compagnon et à un ami qu'il faut dire au revoir en empruntant maintenant les paroles des béatitudes que nous avons aussi écoutées :
Heureux les pauvres de cœur, le royaume des cieux est à eux
Heureux les doux, ils auront la terre en partage
Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés
Heureux ceux qui ont soif et faim de la justice, ils seront rassasiés
Heureux les miséricordieux, il leur sera fait miséricorde
Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu.
Les béatitudes sont des paroles de Notre Seigneur qui n'invitent pas d'abord au commentaire ou à des gloses explicatives. Les béatitudes sont un chemin qui mène au Royaume, à la vie avec Dieu. Le Père Damien a emprunté ce chemin difficile en répondant à l'appel du Seigneur : tout au long de sa vie
o la pauvreté de cœur jusque dans la pauvreté réelle
o la douceur : Au fond Damien était un homme très sensible. Dans un avis sur sa personne, le Père Meinrad Hebga faisait cette remarque : « Parfois il a des colères redoutables : sa franchise peut aller jusqu'à l'affrontement ». Souvent, c´est une sensibilité irritée qui éclate en colère; mais bien après, il a assez d´humour pour se tempérer, s´adoucir.
o Damien était un homme qui avait faim et soif de la justice.
o Damien a beaucoup pleuré dans sa vie. Pas en public mais dans le combat de ceux qui cherchent à se rapprocher de Dieu, à croître dans la pureté du cœur.
Depuis son retour des études, il s'est retrouvé au Cameroun proche de ses champs de cacao. Presque tous les week-ends, il y allait. Ce qui ne manquait pas d'interrogation même de ses compagnons de communauté. Ce n'était pas pour le commerce. Pour un homme qui aimait la vie et la Compagnie des hommes, il y avait au fond de lui un désir de solitude pour rencontrer Dieu. Comme les premiers moines qui s'enfonçaient dans le désert pour rechercher et approfondir leur relation à Dieu, Damien avait fait de la forêt l'ultime refuge pour la confrontation avec soi-même et son désir d'union à Dieu. A la fin de nos Constitutions, saint Ignace faisait cette remarque: « les moyens qui unissent l´instrument à Dieu et le disposent à être bien gouverné par la main divine sont plus efficaces que ceux qui le disposent à l´égard des hommes ». Laminé par la souffrance et les difficultés, déterminé à rester du côté de Dieu, Damien était tout prêt pour en introduire d'autres à l'école du cœur. J'avais cette conviction en le nommant assistant à l'instructeur du Troisième An, Ecole du cœur comme le P. Kolvenbach aimait désigner cette phase. Il s'en est allé pour vivre au rythme du cœur de Dieu qui est amour infini. Qu'il demeure dans la joie de son Seigneur de Gloire.
P. Eugène GOUSSIKINDEY, SJ
Provincial

TEMOIGNAGES LORS DES OBSEQUES DU PERE DAMIEN KONO, SJ

APECOL : Association des Parents d'Elèves du Collège Libermann
J'ai rencontré le P. Damien Kono il y a environ six années. Il m'a demandé de mettre en place une infirmerie au Collège. Je rencontrai ainsi dans ma vie professionnelle quelqu'un qui peut faire confiance. Ensemble, nous avons mis en place l'infirmerie. Il a toujours veillé à ce que cette infirmerie fonctionne.
Le P. Damien KONO était un grand communicateur. Il savait faire partager sa joie et ses peines. Il était très humble. Le soir, après le départ des élèves, il faisait le tour du Collège, il ramassait les ordures pour les mettre dans la poubelle. C'est ainsi qu'il découvrait des livres oubliés, des tenues de sport ou scolaire abandonnées. Il détestait la saleté et souhaitait que ses élèves vivent dans un environnement propre. Il leur enseignait à être responsables de leurs affaires personnelles. Il savait aussi se reprendre quand il avait fait du tord à autrui.
Le P. KONO donnait la possibilité à chaque personne de se racheter, de se corriger, d'évoluer. C'est ainsi qu'il était capable d'admettre un élève de bas niveau au Collège. Il veillait sur lui particulièrement, donnait des conseils aux parents. Le progrès de l'enfant devenait simplement spectaculaire. Il a été un éducateur patient et attentif.
Le P. KONO, malgré son apparence distante et son regard fixe, était proche de chacun. Il cachait une grande sensibilité. Il respectait ses prédécesseurs.
RP Damien KONO nous retenons de vous que vous avez été un grand communicateur, un grand formateur, un grand éducateur, un grand Prêtre de Jésus Christ. Que le Seigneur, Dieu tout Puissant vous permettre de voir sa Sainte Face.
Nous ne finirons pas notre témoignage sans remercier très sincèrement le Père Provincial de la Compagnie de Jésus. Il nous a permis de rendre hommage, ici à Douala, au serviteur des hommes, sans distinction d'ethnie, de race, de niveau intellectuel et même de religion qu'était le Damien KONO.
Merci pour votre attention.
Dr Pokam

ACOLI : Anciens Elèves du Collège Libermann
Au-delà de la mort, son œuvre dure
Comment imaginer la communauté des pères jésuites et le collège sans la voix grave, le rire caverneux, l'intransigeance et l'humour typiquement bantou du Père Recteur Damien KONO ? Comment envisager l'avenir de l'ACOLI sans l'ombre bienveillante de cet homme qui a travaillé avec toutes les générations ? Comment ne pas penser au grand écrivain sénégalais Birago Diop en apprenant la mort de notre père ? oui, ces mots n'ont peut-être jamais sonné aussi justes : « Ecoute plus souvent les choses que les êtres / la voix du feu s'entend/ entends la voix de l'eau/ Ecoute dans le vent/ le buisson en sanglots : c'est le souffle des ancêtres. Ceux qui sont ne sont pas morts ne sont jamais partis/ Ils sont dans l'ombre qui s'éclaire/ Et dans l'ombre qui s'épaissit/Les morts ne sont pas sous la terre/ Ils sont dans l'arbre qui frémit/ Ils sont dans le bois qui gémit/ Ils sont dans l'eau qui coule/ Ils sont dans l'eau qui dort/ ils sont dans la case, ils sont dans la foule/ les morts ne sont pas morts ».
Le poète avait raison : les cultures africaines, Damien KONO n'est pas mort, il est simplement parti. Pour de nombreuses générations d'Africains et donc de Camerounais il restera un inépuisable sujet de méditation.
J'ai eu le privilège de le connaître dès ma prise de fonction le 21 mai 2008 comme président de la première génération des anciens Elèves du Collège (1952-1965) : Ma mission N° 1 de capitaine de bateau à la dérive était la recherche d'un point d'ancrage pour la vie des hommes et des femmes que le Seigneur m'avait confiés : Nous, les plus vieux, avions du mal à nous entendre avec lui après que nous eûmes échoué dans l'organisation du congrès mondial des anciens élèves des Jésuites au profit du Burundi. Alors que les jeunes, eux, n'avait pas ce souci –là et étaient toujours à ses pied ! Nous avons, avec l'aide de Dieu, renoué à temps les fils du dialogue avec lui. Nous allions donc à lui de nouveau pour lui raconter notre vie, nos désirs et lui dire ces questions qui ne trouvent pas de réponse si souvent. Et, comme il le faisait spontanément avec tous les anciens Elèves qu'il rencontrait, il nous prodiguait ses conseils et surtout nous rappelait nos devoirs vis-à-vis du collège. Ne dit-on pas que : « A ceux à qui beaucoup a été donné, beaucoup sera demandé ».
Pour vivre en enfant de Dieu, il faut pratiquer la charité.
Au moment où le Père nous quitte nous avions commencé à travailler et à élaborer ensemble des projets comme celui du ; chantier en cours de réalisation ou celui du « Thanksgiving (DAY) » jour des retrouvailles en famille, prévu pour le 06 février 2010 au collège, de la première génération à celle d'aujourd'hui (soient les élèves de 1952 à 2010) pour dire merci à Dieu pour tous ses bienfaits. Nous continuons donc à prier pour que Jésus nous dise ses projets et ses désirs sur nous et pour nous. Nous n'oublions pas aussi d'offrir le Messie aux autres pour « être des hommes et des femmes pour les autres » comme le père nous recommandait si souvent. Nous n'oublierons jamais le timbre de sa voix, la force de son propos, la subtilité de sa réflexion, et surtout sa générosité d'âme. Non, décidément, les morts ne sont pas morts !!!
M. Jacques NDJO, Président des anciens du collège Libermann (1952-1965)

LA FAMILLE
Au moment où nous nos apprêtons à porter en terre le père Côme Damien KONO, permettez moi, au nom de sa famille naturelle, de dire quelque mots sur celui qui fut notre frère, votre ami, votre collaborateur, votre collègue.
« Mënë kôkô mot », « je suis un homme redoutable » ainsi se définissait lui-même le père Damien.
Oui. « Redoutable » il le fut. Non parce qu'il semait la terreur au tour de lui, mais par le culte de l'effort dont il a fait son mode de vie, redoutable par le voile de modestie extrême qui dissimulait sa haute valeur intellectuelle et morale, redoutable enfin par l'amour qu'il témoignait, sans relâche, à tous ceux qui l'entouraient, des plus petits aux plus grands.
Mesdames et messieurs,
La biographie du père Damien a été exposée en long et en large depuis son décès, je n'y reviendrai pas. Sa famille naturelle cependant a cru utile de lever le voile sur sa vie pour vous donner une clé de lecture de sa personnalité.
Le goût du travail et du travail bien fait, le culte de l'effort, la disponibilité au service des autres se sont forgés en lui dès son enfance.
Damien vient au monde trois mois après le décès accidentel de son père. Il sera ensuite élevé par sa grand-mère dans la case des femmes « Kesin » dont l'exiguïté ne cesse de le tarauder. Son sens de la responsabilité l'amène à bâtir, de ses mains, la case des hommes « Abaa » à l'âge de 12 ans. Elle sera l'objet d'admiration et d'étonnement pour beaucoup.
Au lendemain de l'obtention du certificat d'Etudes primaires Elémentaires (CEPE), Damien, faute de pouvoir continuer ses études, par manque de moyens, se lance dans l'agriculture, l'élevage et assure parallèlement les fonctions de catéchiste, chef des servants de messe et interprète pour la sœur Jeanne à l'occasion des consultations à l'infirmerie de la paroisse St Pierre de NKOLMEYANG.
Il s'acquittera, pendant 09 ans, de ces multiples tâches avec dévouement et abnégation, en fervent chrétien qu'il était. Ce sont précisément ces qualités qui retiendront l'attention de Mgr COUDRAY qui parrainera son entrée au noviciat des jésuites à NKOABANG en 1976. La suite vous la connaissez.
Que de cœurs froissés, que d'âmes en peine ont trouvé auprès de lui le baume des consolations affectueuses, le réconfort d'une chaude sympathie. Nul mieux que lui ne pratiquait l'enseignement du Divin Maître : avec sa manière discrète de rependre le bienfait, jamais sa main gauche ne connut les charités que laissaient inlassablement couler sa main droite.
Chers amis,
Qu'il me soit permis au nom de la famille de rendre grâce au Seigneur d'avoir porté sa main su Damien et de l'avoir guidé tout au long de sa mission qu'il lui a confiée.
Merci à son Eminence Christian Cardinal TUMI, Archevêque Emérite de l'Archidiocèse de Douala, qui a tenu à conduire personnellement son ancien collaborateur à sa dernière demeure.
Merci à la Compagnie de Jésus d'avoir accepté et encadré Damien jusqu'à son dernier jour,
Merci au Révérend Père Eugène GOUSSIKINDEY, provincial des Jésuites de l'Afrique de l'Ouest d'avoir autorisé le transfert du corps du père Damien KONO et son inhumation à Douala où son œuvre aura connu son apogée.
Merci à la communauté Educative du collège LIBERMANN, et particulièrement aux encadreurs, sans lesquels Damien n'aurait pas porté cette institution au rang des meilleurs de notre pays,
Merci enfin, à tous ses amis, laïcs, religieux et religieuses qui ont tenu, pour la dernière fois, à dire à Damien toute leur affection.
Et enfin que l'œuvre de Damien puisse être perpétuée à l'initiative de sa famille, j'ai l'honneur de vous annoncer la création « d'un prix Côme Damien KONO » destiné à récompenser chaque année, le meilleur élève du collège LIBBERMANN. Il s'agit d'un fond logé à la Banque Atlantique et qui sera géré par un bureau, dont la Compagnie de Jésus assurera le secrétariat permanent. J'invite tous les amis de Damien de s'associer à cette initiative.
« L'Eternel a donné, et l'Eternel a ôté ; que le nom de l'Eternel soit béni »
Mr OWONA


AMICALE DES PROFESSEURS DU COLLEGE LIBERMANN:
Très chers frères et sœurs,
La circonstance qui nous trouve ici est empreinte de tristesse. L'Église, le pays tout entier, et surtout le collège Libermann viennent de perdre un serviteur, pour ne pas dire un de ses piliers. Et nous tous, à ce que crois, nous nous sentons aujourd'hui orphelins. Toutefois, cette tristesse n'est pas absolue, car nous sommes convaincus que le royaume des cieux vient d'accueillir un nouveau citoyen.
De ce jésuite, nous pourrions dire tant de choses.
Il aura été l'homme des records : l'un des recteurs le plus long de l'histoire du collège Libermann, 8 fois au sommet du classement des meilleurs établissements de la république, l'un des recteurs qui aura réussi le pari de faire croître le taux de réussite en dépit des effectifs croissants.
Bon gestionnaire, il l'a été. Je le revois à la fin des cours vérifier que les lampes sont éteintes, que les robinets et les salles sont bien fermés.. L e père Damien avait horreur du gaspillage. Le maintien des acquis était son combat majeur . c'est ainsi que le moindre dysfonctionnement dans les locaux était immédiatement réparé. C'était un être dilligent. Il était omniprésent au sein du collège. Veillait au grain par des visites de routines: voir si les cours se déroulaient normalement, vérifiant l'assiduité des professeurs, se rendant jusque dans les toilettes voir si le milieu était sain pour nos jeunes. Il ne se gênait pas de jouer les éboueurs. Il préchait par l'exemple, par l'action, ce qui constitue l'une des meilleures approches pédagogiques.
Le père Kono a toujours donné une deuxième chance même dans les cas les plus insoupçonnables. C'est ainsi que de nombreux élèves aux comportements difficiles et même insupportables ont pu obtenir leurs parchemins au collège. A côté de la fermeté de l'homme l'on trouverait paradoxal le ménage avec cette catégorie d'élèves. La seule explication plausible est que le père Damien était un homme de cœur qui écoutait et se donnait la peine de souffrir pour les autres.
Je ne peux certainement pas conclure sans faire état de la générosité du père Damien tant vers les élèves, les enseignants, les membres de l'administration du collège. Cette générosité n'était pas apparente de prime abord car le père était très discrèt lorsqu'il venait en aide. En 1998 le père était encore aumônier du Centre Catholique Universitaire de Youndé. C'était notre papa. Il était aussi regardant envers nous qu'un père peut l'être pour ses enfants. Je me rappelle de l'accident qu'avait eu un de nos amis, le père Damien s'était appropié la prise en charge. C'est encore lui qui nous ramenait de temps en temps des vives pour la maison des étudiants. La liste des actes de bienfaisance du père Damien est loin d'être exhaustive.
Très cher Kono, nous enseignants et membre du personnel administratifs te serons à jamais reconnaissant pour les vertus d'humilité, de générosité, de franchise, de propreté, et du sens du devoir dont nous héritons de toi.
Veuille, le seigneur à qui le père Damien avait consacré sa vie accueillir son fils dans la joie en son royaume et donner à l'église, à la communauté des jésuites et au collège Libermann un nouveau témoin qui sache les conduire plus avant le long des routes tracées par le père Damien Kono
Adieu très cher père.
M. Alain MBEBI, Président de l'Amical


LES ELEVES DU COLLEGE LIBERMANN

Mesdemoiselles,
Mesdames,
Messieurs,
Chers Camarades et Illustres invités
C'est dans la douleur et la consternation totale que je prends la parole au nom de tous mes camarades du collège LIBERMANN désormais Orphelins à cause du retour à Dieu de notre bien-aimé Recteur Damien KONO.
Mon père, une véritable description, du rôle que vous jouiez dans nos vies pourrait n'être que laconique. Car en réalité, elle serait interminable si on tenait compte de tous les aspects de votre personne.
Votre notoriété, particulière auprès de vos élèves est d'abord due à votre force de caractère, accentuée par cette voix herculéenne dont vous seul aviez le secret et qui vous permettait de rétablir soudainement un silence éloquent dans une salle de classe quelque bruyante quelle fût. Et parfois même, ce silence pouvait s'étendre sur un couloir, tant votre voix avait de la portée.
En plus, votre attitude exemplaire était sans égale. Plusieurs élèves se souviennent encore de vous comme l'incarnation même, dans le genre humain, d'une perpétuelle présence d'esprit, car vous saviez toujours quand il était nécessaire de convoquer les parents d'un élève.
Vous faisiez, par ailleurs, preuve d'une grande perspicacité. Vous étiez un homme impartial et aussi clairvoyant, comme témoigne le projet que vous avez initié et laissé en chantier. Ce qui nous a aussi également marqués, votre doigté et votre humanisme dans la gestion des cas sociaux.
Père Damien, ensemble et en ce dernier hommage que nous vous rendons, nous vous remercions de tout cœur pour vos bienfaits et vos œuvres effectués ici. Sachiez que nous continuerons à travailler plus ardemment encore pour nous, mais aussi pérenniser le culte de l'effort que vous nous avez inculqué. Vous serez toujours un père pour nous, et nous serons toujours des enfants pour vous.
Au revoir, mon père et que votre âme repose en paix.


LA COMMUNAUTÉ JÉSUITE DU COLLÈGE LIBERMANN

Chers frères et sœurs en Christ, permettez-moi de partager avec vous quelques aspects du don que fut pour nous la vie du P. Damien KONO.
Un évènement qui fait redécouvrir les qualités d'un homme, c'est la mort. Oui, cette expérience impossible enterre tout le mal pour laisser la place au bien. Nous vivons aujourd'hui la manifestation la plus parfaite de la grâce dont le Seigneur nous a comblés. Nous, membres de la communauté jésuite de Libermann, unis à tous les jésuites, nous reconnaissons le profit que nous avons tiré de ses dons spirituels et humains formés par la grâce de Dieu.
Le Père Damien avait un grand amour de la Compagnie de Jésus et de sa mission. Nous sommes particulièrement édifiés par le soin qu'il accordait à la célébration de l'Eucharistie, un savoir-faire, une humble offrande qui suscite en nous un grand désir du sacerdoce. Le Père avait un sens profond de toujours bien faire ce qu'il devait faire. Il était convaincu que la mission qu'il servait au collège était la mission du Christ lui-même. C'est ainsi qu'il pouvait faire siennes ces paroles : « le zèle de ta maison me dévore ». L'amour du Christ n'est autre que l'amour de la vérité. Aussi était-il méticuleux en ce qui concerne la transparence d'où jaillit la vérité.
Celui que nous appelions affectueusement « Père Recteur » ou « le Vieux Muntu » fut un rassembleur d'hommes. En tant que recteur, il rassemblait la communauté jésuite autour du Christ dans l'accueil et le respect de la vocation propre de chacun ; orientait et portait sur ses épaules la mission éducative du collège Libermann. Il était « le vieux muntu » parce qu'il symbolisait la tradition dans la communauté jésuite de Libermann.
Son amour pour la Compagnie de Jésus, le poussait à conserver et à faire croître les biens de celle-ci pour mieux servir la mission du Christ. Il fut un modèle dans la gestion et l'administration des biens. Il ne ménageait aucun effort pour nous encourager à prendre soin du bien commun et à nous sentir en famille. Quand venait la fatigue due au service de la mission, il ne manquait pas d'humour pour détendre le climat fraternel. La convivialité dans la communauté est signe d'un bon gouvernement du supérieur. Le vieux muntu était vraiment un missionnaire. Il accueillait l'autre et se rendait plus proche de l'étranger.. Le père Damien nous a beaucoup aimés et nous mettait à l'aise dans cette étape d'expérience apostolique.
Il fut un homme qui partage tout avec l'autre. Il entretenait les échanges à table et nous faisait part des joies et des peines attachées au service de la mission éducative au collège. Cette ouverture simple nous mettait en confiance pour nous faire aider. Nous partagions le repas, des réflexions, des orientations à donner à la mission… Plein d'humour, il animait spontanément nos soirées communautaires ; et nous nous étonnions souvent de sa perspicacité en ce qui concerne la connaissance de la Compagnie de Jésus. Les affaires de la Compagnie l'engageaient pleinement. Il proposait, persuadait, convainquait et se montrait bienveillant même dans l'adversité.
Nous n'avons pas été très attentifs à son rythme de travail. Il se reposait à des heures tardives parce qu'il voulait toujours finir, et bien, la tâche entamée. Nous pouvions lui dire à certains moments de faire une halte pour reprendre les forces et faire durer l'instrument de Dieu. Sa détermination et son ardeur pour le travail restent gravés dans nos mémoires et nos cœurs comme un trésor.
Père Damien, beaucoup se demandent ce que deviendra le collège Libermann sans toi. Mais nous croyons que tu ne nous abandonneras pas afin que nous portions le flambeau de ce collège qui veut former l'homme intégral, se distinguant non seulement dans la science mais aussi dans la vertu.
Père Recteur, prie pour nous, pour tes élèves que tu aimes tant, pour la communauté éducative du collège Libermann et pour la mission. Prie particulièrement pour la communauté jésuite du collège Libermann. Avec saint Paul tu peux dire au Seigneur : « j'ai combattu le bon combat, j'ai achevé ma course … » ; et Lui pourra te dire : « serviteur fidèle, entre dans la joie de ton maître et intercède pour tes frères. » - Rest in peace !
Augustin ATSIKIN, SJ

De Yaoundé

RESEAU DU CCU : Réseau du Centre Catholique Universitaire de Yaoundé

Chers frères et sœurs en Christ,
C'est avec beaucoup d'émotion que je prends la parole devant vous au nom du Réseau des anciens du Centre Catholique Universitaire de Yaoundé J'ai le privilège d'avoir été un proche collaborateur du Père Damien pendant son séjour comme Curé du CCU pendant que j'étais Responsable de la Bibliothèque de Spiritualité et de la Salle audio-visuelle du CCU. De lui je retiens quatre attitudes que je souhaite que chacun de nous médite en signe d'hommage : Le Franc-parler, le Courage, l'efficacité dans l'action, l'écoute.
Franc-parler : Le Père Damien avait cette capacité dire à chacun les yeux dans les yeux ce dont il était convaincu être la vérité, et pensait que chacun dans l'exécution de sa tâche devrait être animé d'honneur, d'intégrité et de franchise.
Courage : Dans un environnement où tout le monde semblait s'accommoder aux adversités de la société, il trouva assez de ressources pour dénoncer les travers des milieux universitaires en particulier et de la société en général à travers des homélies qui restent légendaires.
Efficacité : Bâtisseur infatigable, le Père Damien accordait sa bénédiction à toute action basée sur le concret et n'aimait pas trop les discours abstraits
Ecoute : La pastorale de l'écoute fut l'une de ses grandes forces dans l'accompagnement des étudiants en proie à mille et une séductions tant spirituelles que matérielles. Car, dans un tempérament apparemment chaud, se cachait une personne très douce et attentionnée. Intercepté, le Père était froid. Mais reçu en tête à tête, il vous écoutait jusqu'à ce que vous n'ayez plus rien à dire, et marmonnait à chaque fois un « Oui » en vous fixant, qui vous rassurait qu'il est bel et bien avec vous. Après il donnait son point de vue. Point de vue qu'il laissait à votre libre choix de prendre en compte ou non, car il tenait à ce que les gens prennent leur responsabilité en main.
Comme vous le remarquez, chers frères et sœurs, le RACCU perd donc un de ses imminents conseillers et le pleurera encore longtemps. Mais nous appuyant sur notre foi, nous nous joignons tous par ma voix à cette prière communautaire organisée en sa mémoire, pour implorer la miséricorde du Seigneur afin que son serviteur fidèle qu'a été le révérend père Damien, entre dans la joie de son Maître et que brille à ses yeux sa lumière sans déclin. Pendant que tu es dans la félicité céleste mon Père, prie pour nous !
Elie KENGNE (Vice-président du RACCU)

Nous avons reçu un grand nombre de messages de condoléances, qu'il nous est malheureusement impossible de publier dans ce numéro.
Nous remercions d'abord le P. Assistant, Jean Roger Ndombi, le P. Fratern Masawe, Modérateur du JESAM, ainsi que le P. J.Y. Grenet, Provincial de France et le P.J.J. Guillemot, Vice Provincial.
Il nous est venu des messages de nos compagnons à partir de tous les coins de la Province. Il nous en est venu de nos évêques, Henri Coudray et Charles Vandame. De sœurs qui furent les collaboratrices du P. Damien à Yaoundé et à Douala.
Mais nous tenons à remercier d'une manière plus particulière Mgr Edmond Djitangar, évêque de Sarh, qui nous apporte un témoignage chaleureux sur le rayonnement de Damien, lors d'une session pédagogique récente, témoignage adressé au P. Provincial et que sommes heureux de citer ici,:
« Cher Père,
Je viens de recevoir la triste nouvelle du décès tragique du Père Damien KONO...Les mots me manquent pour vous dire mon choc et mon amertume. Je me tourne vers le Seigneur pour lui demander « Pourquoi cela et en ce moment...? » ....La joie qui illuminait le visage du Père Damien KONO, heureux de retrouver ses frères et soeurs de Sarh en septembre dernier était-elle sa manière de nous faire ses adieux...?
Ce visage lumineux ne quittera jamais notre esprit et ce sera le souvenir que nous retiendrons de lui pour toujours. Que sa joie de servir sans hésitation stimule nos tâtonnements....Qu'il prenne place parmi les Pères protecteurs du Lycée-Collège Charles Lwanga! A sa famille humaine mes vifs condoléances. A vous et à tous les compagnons de Jésus ma compassion et mon union dans la prière. Bien fraternellement.
+ Edmond »






 

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