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"Reconnaissance des droits des réfugiés syriens au Liban" : le communiqué du JRS Mena

"Reconnaissance des droits des réfugiés syriens au Liban" : le communiqué du JRS Mena

Le Service Jésuite des Réfugiés (JRS) met en oeuvre des programmes d'intervention d'urgence au Liban depuis 2012, en répondant aux besoins les plus urgents des réfugiés syriens enregistrés et non enregistrés. Depuis sa présence dans le pays, l'organisation a toujours été soucieuse de s'assurer que les réfugiés respectent les coutumes de la communauté d'accueil et les lois initiées par le gouvernement. 

Bien que certaines mesures individuelles adoptées par les réfugiés ne soient pas conformes au droit interne, le gouvernement ne devrait pas généraliser ces actions et adopter des mesures sévères qui ciblent l'ensemble de la population syrienne au Liban. Par ailleurs, les décisions prises au Liban concernant les Syriens ne sont ni centrales ni harmonisées. Les réponses officielles envers les réfugiés varient d'un organisme à l'autre, comme les municipalités. Par conséquent, l'énoncé ci-dessous fournit certaines recommandations que les autorités libanaises, tout comme la communauté internationale, doivent prendre en compte, par l'intermédiaire de différents canaux, afin d'améliorer leur réponse aux défis auxquels sont actuellement confrontés les réfugiés syriens au Liban.

Le conflit syrien en est à sa neuvième année et la catastrophe humanitaire se poursuit. Plus de 5,6 millions de Syriens ont fui les pays voisins en tant que réfugiés et 6,2 millions d'autres ont été déplacés en Syrie. La moitié des personnes touchées sont des enfants. Le Liban reste le pays qui accueille le plus grand nombre de réfugiés par habitant. Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) en 2019, plus de 935 454 réfugiés syriens sont enregistrés auprès de l'organisation, bien que l'estimation du gouvernement de la population totale syrienne déplacée demeure à 1,5 million de personnes.

Bien que les organisations humanitaires au Liban continuent d'opérer et de fournir de l'aide à la Syrie, le gouvernement, à l'inverse, applique des règles et des règlements plus stricts aux réfugiés syriens eux-mêmes et aux autres organisations locales. Le Haut Conseil de Défense a émis un avis à la mi-avril 2019, déclarant que toutes les structures construites en dur par les réfugiés syriens à l'aide de matériaux autres que le bois et les bâches en plastique dans les camps informels doivent être démontés.

Les réfugiés à travers tout le Liban ont jusqu'à fin juin pour démolir leurs maisons. Par conséquent, les démolitions prévues toucheront environ 25 594 personnes dans tout le pays, qui vivent dans des maisons construites par leurs propres soins ou dans des structures non résidentielles en dur de manière informelle. Dans l'Arsal, par exemple, plus de 5 000 familles syriennes et 15 000 enfants sont sans abri, ce qui aura des répercussions sur leur santé physique et psychologique.

Selon le ministère des Affaires sociales et le ministère de l'Intérieur et des Municipalités, la décision de démantèlement est définitive, mais le gouvernement a permis que des cas exceptionnels soient réglés pour les écoles, les centres communautaires et les mosquées. Il a également été communiqué que les préfabriqués ne seront pas démontés, mais qu'aucune nouvelle structure en béton ne peut être érigée.

Néanmoins, le gouvernement libanais impose des règles et des règlements plus stricts en matière de permis de travail à tous les travailleurs étrangers, y compris les réfugiés syriens. Dernièrement, beaucoup de magasins appartenant à des Syriens ont été fermés dans différents secteurs et les papiers des employés syriens sont contrôlés. Le ministère du Travail a publié un plan de lutte contre le travail illégal des étrangers sur le territoire libanais par le biais d'une campagne médiatique axée sur les droits et les devoirs des travailleurs étrangers, d'un délai de deux mois pour la régularisation des travailleurs, en limitant l'emploi des Syriens aux secteurs autorisés par la loi libanaise, l'activation des inspections du travail, la mise en place d'une salle d'opérations communes entre l'armée libanaise et le Ministère du travail, les Forces de sécurité intérieure, les municipalités et le Bureau de la sécurité générale pour soutenir les inspections du travail. De plus, le gouvernement demande au secteur privé et aux syndicats de collaborer ensemble afin de cesser de recruter des travailleurs étrangers. Ceux-ci tout comme les Syriens sont tenus de régulariser leur situation en matière de permis de travail dans un délai d'un mois.

D'autre part, les organisations locales qui mettent en oeuvre des projets en faveur des réfugiés syriens au Liban font face à différents défis. Les organisations de la société civile ont été confrontées à des hostilités de la part de la communauté d'accueil, le personnel ayant déclaré ne pas se sentir en sécurité lorsqu'il essaie de mettre en oeuvre des activités.

Il est donc du devoir de la communauté internationale de ne pas rester silencieuse et insensible aux mesures suivantes, actuellement mises en oeuvre par les autorités libanaises. Le gouvernement applique des mesures plus strictes à l'égard des réfugiés syriens afin qu'ils puissent retourner en Syrie. Bien que les humanitaires au Liban doivent respecter les décisions légales imposées par les autorités, il est recommandé que la communauté internationale, les gouvernements concernés et toutes les personnes de bonne volonté se penchent sur les questions énoncées dans l'énoncé suivant.

Afin de relever les défis imposés aux réfugiés syriens, le gouvernement doit :

1- Comprendre que les réfugiés n'ont pas seulement des devoirs mais aussi des droits.

2- Donner aux réfugiés dans tout le pays un préavis adéquat afin d'éviter toute problème de protection tel que la détention, le retour involontaire en Syrie et l'expulsion non préparée.

3- Permettre des exemptions humanitaires pour les foyers vulnérables.

4- Mesurer le niveau d'information dont disposent les communautés de réfugiés et dans quelle mesure elles ont déjà compilé ou compileront les instructions fournies.

5- Offrir aux réfugiés des options d'hébergement temporaire, éviter la confiscation ou la destruction de leurs biens personnels puisque les réfugiés n'ont que très peu de moyens pour survivre.

6- Demeurer coopératif avec les organisations de la société civile dans la mise en oeuvre de leurs projets puisqu'elles ne fournissent de l'aide humanitaire qu'aux personnes vulnérables.

7- Donner aux travailleurs syriens et étrangers un délai de préavis supplémentaire pour rectifier leur permis de travail.

Quant à la communauté internationale, les parties prenantes concernées doivent :

1- Préconiser qu'aucune confiscation ou destruction de biens n'ait lieu pendant le démantèlement ou la démolition.

2- Rappeler aux parties prenantes concernées que les abris et les infrastructures de base (accès à l'eau, sanitaires) sont intégralement liées à la protection et à la dignité humaine.

3- Atténuer l'impact négatif de la mise en oeuvre.

4- Rappeler aux acteurs concernés que les examens officiels du brevet et du baccalauréat sont prévus à mi-juin et que les déplacements, les expulsions et les démolitions pourraient causer de graves perturbations aux élèves réfugiés dans la réussite de leurs examens.

5- S'engager dans un effort consolidé pour éradiquer la haine entre les réfugiés et la communauté d'accueil.

6- S'assurer que les réfugiés disposent d'informations sur les mécanismes de renvoi existants et sur la manière d'y accéder.

7- Publier les études et les informations recueillies sur la situation des réfugiés syriens au Liban (taux d'emploi, secteurs dans lesquels ils travaillent, financement acquis par le gouvernement libanais, etc.) afin d'améliorer la transparence et la responsabilité de chacun.

 

Nawras Sammour sj
Directeur régional Afrique du Nord et Moyen-Orient
Servie jésuite des réfugiés
Beyrouth, Liban

 

Service Jésuite des Réfugiés, Bureau Régional MENA
Résidence des Jésuites, Rue de l'Université Saint-Joseph, Beyrouth
16-6778, Achrafieh, Beyrouth 1100 2150, Liban
www.jrs.net

 

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